Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Blog du MoDem de Colombes

2012 Etat d'urgence Jour J

17 Août 2011, 23:00pm

Publié par MoDem-Colombes

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/6/1/6/9782259216616.jpg


Dans 2012 État d'urgence (Plon), le président du MoDem livre ses clés pour le redressement du pays. 

LE FIGARO. - Vous dressez un état des lieux alarmiste de la situation de la France, mais vous écrivez que «les mauvais jours passeront». Comment ?

François BAYROU - Quand la France saura concentrer toutes ses forces sur les deux sujets de vie ou de mort qui expliquent tous nos échecs et dont, selon moi, dépend tout notre avenir. Les deux sujets de la bataille décisive. Le premier front, c'est produire en France. L'hémorragie de la production se lit dans les chiffres de notre commerce extérieur. De semaine en semaine, nous achetons à l'étranger toujours plus que nous ne vendons. Au rythme de 75 milliards par an: 75 mille millions d'euros qui s'en vont en douze mois. On comprend alors pourquoi le pouvoir d'achat tombe, pourquoi nous ne pouvons plus soutenir le contrat social et les services publics. Et pourquoi il faut emprunter toujours plus, jusqu'au surendettement. Quant à l'éducation nationale, elle est descendue au-delà du vingtième rang des pays développés. Voilà où il faut se battre.

Pour son redressement, vous souhaitez que la France suive le chemin de l'Allemagne de Gerhard Schröder et adopte un «agenda 2020». De quoi s'agit-il ?

En 2004, l'Allemagne était dans une situation aussi grave que la nôtre aujourd'hui. Tous les feux étaient au rouge. Le dos au mur, le chancelier social-démocrate a fait adopter, contre la gauche de sa majorité, l'agenda 2010, ensemble de mesures courageuses pour libérer en Allemagne les forces de production. En cinq ans, dès 2009, le redressement a été spectaculaire. En 2011, son commerce extérieur est triomphant, de 150 à 200 milliards d'excédents. En Allemagne, aujourd'hui, c'est l'agence pour l'emploi qui licencie, faute de chômeurs! La France doit adopter un agenda 2020, adapté à sa société, pour obtenir les mêmes résultats. L'agenda 2010 allemand a été porté par une majorité centre gauche-centre droit. Cette majorité du courage existe aussi en France. Il suffit de la vouloir.

Quels en seraient les contours ?

Ce ne peut être qu'une majorité centrale. Aujourd'hui, la gauche classique et la droite classique sont gravement divisées. On agite à droite comme à gauche le leurre de la démondialisation. Les plus durs imposent leurs obsessions, l'immigration d'un côté, «faisons payer les riches» de l'autre. La droite prétend qu'elle n'augmentera pas les impôts. La gauche additionne les promesses intenables, 300.000 emplois-jeunes sur fonds publics, allocations pour tous les étudiants, retour à la retraite à 60 ans, augmentation de budgets. Tout cela va dans le mur. Il faut une majorité du courage qui osera dire que les problèmes sont chez nous, et ne viennent pas d'ailleurs. La question de l'heure, c'est redressement contre effondrement. Venant de gauche, de droite et du centre, le moment est venu, pour les hommes et les femmes responsables, de faire leur devoir.

Que mettez-vous dans l'agenda 2020 ?

Le soutien aux entreprises, notamment aux PME, la stabilisation du droit fiscal et social, l'assouplissement du droit du travail, des investissements pour la reconquête de secteurs que nous avons abandonnés en commençant par le haut de gamme, l'amélioration de l'image de marque de notre pays. Le Fonds de soutien à l'investissement doit être redirigé vers cette politique.

Vous préconisez une hausse de deux points de la TVA.

Pour revenir non pas à l'équilibre des comptes publics, mais à l'étiage où la dette n'augmente plus, il faut, en économies et en ressources nouvelles, trouver de 80 à 100 milliards par an. Pour cela, il faut réduire les dépenses: diminuer le train de vie de l'État et de ses dirigeants ; passer un contrat de modération avec les collectivités locales ; rééquilibrer les comptes sociaux. La vérité exige de dire qu'il faudra aussi augmenter les recettes de l'État. Je suis favorable à un relèvement de deux points de la TVA, à la création de deux tranches de l'impôt sur le revenu à 45 et 50% pour les revenus les plus élevés.

Le triple «A» de la France est-il menacé ?

Le risque est fort, bien sûr. Si l'on additionne les trois critères du déficit, du stock de dettes et de la croissance, la situation de la France est d'une extrême fragilité. Si l'épée de Damoclès nous tombe sur la tête, il faut savoir de quoi nous allons le payer. Les premiers exposés seront les retraites et les salaires des fonctionnaires. Regardez l'Espagne, l'Italie, le Portugal. Mais ce ne sont pas les agences de notation qui ont provoqué ce drame. C'est nous-mêmes qui avons laissé se créer notre fragilité.

Le 24 aoûtNicolas Sarkozy va présenter de nouvelles mesures d'économies.

Il y a longtemps que je ne crois plus aux mesures commandées par l'actualité immédiate. C'est d'une politique de fond que nous avons besoin.

Marine Le Pen veut sortir de l'euro…

Avoir à payer en monnaie faible une dette libellée en monnaie forte, c'est le plus court chemin vers la misère.

Le président doit-il convoquer le Congrès sur la «règle d'or» ?

À sa place, je le ferais. Le texte que le gouvernement a fait voter n'est pas simple et clair comme je l'aurais voulu, mais c'est au moins un signal. Certes, je comprends que les socialistes regimbent à recevoir des leçons de vertu d'un gouvernement qui a tant creusé les déficits. Mais la tactique n'est plus de saison. Ce sera l'heure de vérité. Pour ma part, je prendrai mes responsabilités.

Dans ce livre, vous êtes moins sévère envers Nicolas Sarkozy que vous ne l'étiez dans Abus de pouvoir. Le président a-t-il changé ?

Je ne sais pas si les hommes peuvent changer. Mais s'ils sont moins en transgression, si leur comportement est moins provoquant, pourquoi ne pas le reconnaître? Nicolas Sarkozy paraît plus retenu, moins dans le superficiel. Mais cela n'efface pas les fautes des premières années du mandat, qui ont tant coûté au pays, dans ses valeurs et moralement.

(c) Le Figaro

Commenter cet article