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Le Blog du MoDem de Colombes

Interview à la Tribune

6 Décembre 2008, 02:49am

Publié par MoDem-Colombes

Le président du Modem souligne les manques et les faiblesses du plan de relance de 26 milliards d'euros que vient d'annoncer le Chef de l'Etat. Il propose des remèdes différents face à la crise. Et donne un coup de griffe au Fonds souverain lancé par le gouvernement avec la Caisse des dépôts.

La Tribune - Quel jugement portez-vous sur le plan de relance qu’a présenté Nicolas Sarkozy le 4 décembre ?
 

François Bayrou - Dans la lutte contre la crise économique, la nouvelle la plus importante du 4 décembre, c’est la baisse massive des taux d’intérêt de la banque centrale européenne. La BCE se montre aujourd’hui active et réactive, après s’être montrée prudente quand il le fallait. Contre toute critique, elle s’est révélée beaucoup plus avisée que son homologue américaine qui, avec sa politique de taux effondrés et son insouciance quant aux risques bancaires, porte une lourde responsabilité dans la crise actuelle.


- Le plan Sarkozy ne vous semble pas à la hauteur ?

 

- Je ne pense pas que ce plan soit de nature à mettre un terme à la crise, ni même à créer un sursaut de croissance notable. Les moyens de la France sont extrêmement faibles par rapport à ce qu’il faudrait mobiliser pour rétablir la croissance et la confiance. Sans doute, le gouvernement fait-il ce qu’il peut, mais il peut si peu...


- Il s’agit tout de même de 26 milliards d’euros.

 

- Quand j’analyse le plan, je ne vois que 4 milliards d’euros d’investissements publics véritablement nouveaux. Et encore les liaisons ferroviaires à grande vitesse ont-elles été déjà annoncées plusieurs fois… Quatre milliards, c’est à peine 0,25% du PIB français. On est loin du seuil critique d’une action publique. Cela ne suffira donc pas à faire repartir une machine économique profondément encalminée. Et il ne faudra pas longtemps pour qu’on s’en aperçoive.


- Outre les investissements, il y a également les remboursements des créances détenues sur l’Etat. Cela va soulager la trésorerie des entreprises.

 

- C’est une bonne orientation, même si on ne fait qu’anticiper sur des obligations prévues et se conformer aux règles de bonne gestion. Car le vrai scandale, c’est d’avoir laissé se créer une telle dette ! Les entreprises, dont les factures traînaient inconsidérément, pour qui les remboursements tardaient, ont servi à faciliter la trésorerie de l’Etat. Et ce, depuis des années, avec la même majorité qu’aujourd’hui…


- Le plan Sarkozy prévoit aussi de simplifier l’accès des PME aux marchés publics, en supprimant les appels d’offres pour toute commande de moins de cinq millions d’euros. Voilà une mesure en faveur des entreprises.

 

- Autant je souhaite la simplification des procédures publiques, autant je me méfie de l’arbitraire. Je vois venir une situation où les règles de prudence en matière de marchés publics vont être mises à mal. Il y a un niveau de marchés où il n’est pas raisonnable d’accepter le gré à gré. Il m’étonnerait bien que le Conseil Constitutionnel n’ait rien à redire. C’est la lutte contre la corruption ordinaire et la défense de l’argent public qui sont en jeu.


- Parmi les mesures annoncées, il y en a une qui rejoint l’une de vos propositions de 2007, la suppression des charges pour les embauches dans les très petites entreprises.

 

- - Ma proposition était très différente, il s’agissait d’exonérer de charges deux emplois nouveaux, pour cinq ans, et quelle que soit la taille de l’entreprise et la nature des postes. Dans la mesure Sarkozy, l’exonération ne vaut que pour 2009, seulement pour les entreprises de moins de 10 salariés, et seulement pour les salaires les plus modestes. Autant dire que l’on crée une nouvelle trappe à bas salaires. Et cela sera sans effet, car l’exonération ne vaut que pour 2009, et cet horizon trop court va les dissuader d’utiliser ce dispositif. De même je n’ai pas l’impression que la prime à la casse pour les véhicules anciens soit à la hauteur de la crise. Je crains que les inquiétudes des Français soient trop importantes pour être levées par mille euros de subvention. J’aurais préféré qu’on soutienne la recherche et le développement pour accélérer la mutation industrielle du secteur automobile vers les véhicules propres.


Le « fonds souverain » à la française, créé il y a quelques semaines, va justement contribuer à soutenir la filière automobile française.

 

- Je n’ai jamais compris de quoi il s’agissait. Ce fonds est, paraît-il, doté de vingt milliards d’euros, dont 14 d’actifs de la Caisse des Dépôts déjà mobilisés… Autant dire qu’avant d’habiller Pierre, il va falloir déshabiller Paul. Quant à sa finalité, on nous explique qu’il s’agit de protéger des prédateurs les entreprises françaises. Je comprends qu’on va faire grimper le cours de bourse d’entreprises choisies par le pouvoir. Est-ce véritablement le rôle de l’Etat, est-ce la fonction de l’argent public ? J’aurais voulu un vrai fonds souverain, qui intervienne à l’extérieur de nos frontières, pour prendre des participations dans des entreprises au savoir-faire stratégique, avec lesquelles les coopérations seraient profitables à la France.


- Que peut-on faire dans une crise comme celle que nous vivons ? Vous-même, pendant la campagne, n’avez cessé de mettre en garde les électeurs contre la croissance de la dette française.

 

- Si nous n’avons pas les marges suffisantes aujourd’hui, c’est justement parce que nous avons gaspillé nos marges de manoeuvre, comme je le redoutais à l’époque. Regardez les Etats-Unis : malgré la folie de la guerre en Irak, leur dette nette est bien moins élevée que la nôtre, hors engagements de retraite, car ils ont accumulé les excédents lorsque la croissance était forte. Ce que nous n’avons pas fait. Le gouvernement actuel ne peut donc que constater son impuissance. Il a lui-même gaspillé le peu de ressources que nous avions, avec son « paquet fiscal » de 2007. C’était une cartouche tirée en l’air.

- Alors, que faire aujourd’hui ?
 

- De l’investissement public massif, dans les infrastructures et la recherche. Pour financer cet effort, j’aurais voulu que nous levions un grand emprunt européen, de 3% du pib, soit environ 400 milliards d’euros. Un emprunt garanti sinon par les 27 de l’Union, du moins par les états de l’Eurogroupe,. Chaque état pourrait tirer ou non sur sa quote-part, en fonction de l’état de son économie. La solidarité se manifesterait par la mutualisation, la garantie que tous les États de la zone apporteraient en commun à l’initiative. Avec cet ordre de grandeur, nous aurions une chance de faire reculer la crise.


- On voit bien que l’Allemagne est rétive, devant l’idée d’une relance européenne. Angela Merkel ne semble pas partager les préoccupations communes.

 

- C’est l’éloignement entre la France et l’Allemagne qui pose problème. Et j’attribue ce malaise d’abord à la volonté française de tirer la couverture à soi, à une attitude qui met systématiquement l’autre en accusation. Cela dit, je crois que l’Allemagne en viendra à soutenir son économie. Si la crise est conforme à ce que tout le monde craint, tout le monde va être obligé de relancer massivement.


- Vous êtes donc critique sur toute la ligne ?

 

- Je ne reproche pas à Nicolas Sarkozy son comportement dans la crise. J’ai voté le plan de sauvetage des banques, en n’oubliant pas la contribution intellectuelle du Premier ministre britannique, Gordon Brown, à ce plan. Bien sûr, on « survend », on en fait trop. Mais derrière le rideau de la crise, on est en train de prendre des mesures qui portent atteinte au projet de société républicain français.


- C’est-à-dire ?

 

- J’en vois au moins trois dans l’actualité récente. Le travail du dimanche, la retraite à 70 ans et la main mise du pouvoir sur l’audiovisuel public. Trois décisions qui portent atteinte au projet de société français. Et, si nous n’y prenons pas garde, elles seront irréversibles. Le devoir de ceux qui partagent ce diagnostic, c’est de réfléchir aux conditions d’une alternance possible, le moment venu.


- Allez-vous pouvoir préparer cette alternance avec Martine Aubry, qui vient d’être désignée Premier secrétaire du Parti socialiste ?

 

- Ce qui l’a emporté au PS, c’est la fermeture. C’est une posture, bien sûr, mais elle est éclairante. Le PS choisit de s’enfermer, comme si le temps était au sectarisme. Je crois qu’il se trompe mais c’est son affaire… Ma vision est très différente. Comme je crois que l’essentiel est en cause, je suis sûr que pour obtenir l’alternance, il faudra rassembler. Vous savez, les Français qui n’aiment pas ce qu’on est en train de faire de la France ne viennent pas que de la gauche. Il y en a au centre, beaucoup. Il y en a aussi parmi les républicains de droite. Pour gagner, il faudra les rassembler autour de valeurs fondatrices, et d’abord il faudra les respecter. Tous.


Propos recueillis par François Lenglet
(c) La Tribune 06/10/08

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