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Le Blog du MoDem de Colombes

François Bayrou à 12 ans (2/4)

11 Août 2010, 14:00pm

Publié par MoDem-Colombes

 

 

Un lecteur sur le toit brûlant

 

Très souvent, il monte sur le toit de la maison familiale, s'accroche à un volet et grimpe sur celui de la grange, plus haut. Il vient ouvrir le livre dans la beauté du Béarn, seul. En bas, on l'appelle « Shake », diminutif de Shakespeare. Ou « Tintin », pour la houppette qui le coiffe. Mais les moqueries ne l'offusquent pas. Il y a bien plus cruel chaque jour.

 

Depuis l'âge de 8 ans, François est bègue. C'est une souffrance de prison. Il enrage. Une fontaine de paroles coule en lui et l'eau ne vient jamais. Le tuyau est cassé. Parler est une épreuve. Ce bégaiement de blocage n'a qu'un seul avantage. Il doit chercher les mots qui passent, formuler les plans B, jongler sans cesse avec les synonymes. Sa capacité lexicale est belle pour son âge. Calixte et Emma sont très inquiets.

 

Une orthophoniste à Pau lui explique comment parler, lui apprend à respirer. Mais le bénéfice s'évapore aussitôt. Il faut trouver la clef en lui. De tout temps chez les Bayrou, quand le père s'appelle Calixte, le fils aîné se prénomme François, et inversement.

 

Où est-il né ? Bien des choses pèsent à Bordères. Le grand-père François, négociant en grain, a connu l'aisance au début du siècle. Bayrou au village, cela voulait dire première voiture, premier téléphone. Mais son affaire n'a pas survécu à la terrible crise d'après-guerre. Rien n'est écrit pour toujours.

 

François connaît les drames anciens. L'arrière-arrière-grand-père de François Bayrou a été retrouvé mort dans la forêt. On a affirmé que le garde-chasse s'était suicidé. Or, vingt-cinq ans plus tard, sur son lit de mort, un citoyen du village a avoué le meurtre au curé. Pour ne pas perpétuer les haines, son fils, en conscience, n'a pas livré le nom de l'assassin. Et puis il y a l'arrière-grand-père que deux Espagnols ont poignardé à Nay pour lui voler l'argent qu'il avait gagné dans un tripot. Deux hommes guillotinés en place publique à Pau. Il n'y a plus de cheminée à la maison Bayrou depuis que Calixte, en 1915, a perdu son petit frère, François, tombé dans les flammes.

 

(c) SudOuest.fr

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