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Le Blog du MoDem de Colombes

L'éthique dans la vie publique

29 Septembre 2010, 22:55pm

Publié par MoDem-Colombes

François Bayrou : « L’éthique sera un sujet clé de l’élection présidentielle »



Le président du MoDem se prononce pour l’instauration de règles strictes afin de prévenir les conflits d’intérêts, assainir les rapports entre le pouvoir et l’argent et rendre la vie publique plus transparente

La Croix . Estimez-vous, comme Martin Hirsch, qu’il existe un vide juridique en France sur la question du conflit d’intérêts et qu’il faut y remédier ?

FRANÇOIS BAYROU: Oui. C’est une faiblesse de la France. Toutes les grandes démocraties du monde ont traité cette question du conflit d’intérêts ou du risque de conflit d’intérêts. Partout, il est strictement interdit, et sévèrement puni, de mélanger, de quelque manière que ce soit, intérêt public et intérêts privés. Par exemple, de recevoir quelque revenu ou quelque avantage que ce soit des intérêts privés, financiers, industriels, etc.

Chez nous, les collectivités locales en sont, un peu, protégées. Il y a dans la jurisprudence la condamnation d’un maire, également entrepreneur en travaux publics, ayant réalisé pour sa commune des travaux, pourtant à perte. Les magistrats ont estimé qu’une séparation étanche était indispensable entre son mandat de maire et ses activités d’entrepreneur. Qu’il ait gagné ou perdu de l’argent est secondaire. Ce qu’on doit bannir, ce ne sont pas seulement les arrangements, mais le soupçon que des arrangements sont possibles.

En France, l’honnêteté des dirigeants est brandie comme un pare-feu suffisant aux conflits d’intérêts…

Présenter la question sous l’angle de la personne et de sa bonne foi n’est pas une bonne chose. Cela montre qu’on ne comprend pas ce que sont les institutions. Les institutions démocratiques sont faites pour écarter non pas seulement la faute, mais la tentation de la faute. L’homme, on le sait, est faillible. Les institutions sont donc faites, non pas pour des surhommes purs et sans tache, mais pour des hommes faibles ou qui peuvent être faibles. Il faut donc les protéger contre eux-mêmes, en rendant les dérapages impossibles.

Croyez-vous que le sujet de l’éthique dans la vie publique sera un sujet clé de la prochaine présidentielle ?

Ce sera un sujet clé, et je le souhaite ardemment. On ne peut plus vivre dans cet univers de mélange des intérêts. Car la démocratie ne peut pas s’accommoder du soupçon. Le ressort de la démocratie, c’est l’adhésion du citoyen ; il ne peut pas y avoir d’adhésion s’il n’y a pas de confiance. Au fond, c’est bien ce que Montesquieu disait : le ressort de la République, c’est la vertu…

Qu’attendez-vous de la commission installée par Nicolas Sarkozy pour réfléchir à d’éventuelles mesures destinées à prévenir les conflits d’intérêts dans la vie publique ?

J’attends quelque chose de simple : l’édification d’un mur étanche, un mur de verre entre intérêts privés et intérêts publics. Je dis de verre, car il faut pouvoir y voir au travers, la transparence est impérative. J’attends que l’on rende impossible toute confusion des genres et que les détenteurs de la puissance publique soient mis à l’abri, eux et leurs proches, des pressions de ceux qui leur fourniraient des avantages ou des revenus, et donc à qui ils seraient redevables. Au Parlement européen, par exemple, vous êtes obligés de déclarer vos intérêts. Et avant tel ou tel vote, il arrive souvent que des parlementaires lèvent la main pour dire : « Je ne peux pas participer à ce vote, car j’ai des actions dans une société commerciale qui sera concernée par cette décision. »

Faut-il interdire aux parlementaires d’exercer le métier d’avocat ?

Il y a deux sortes d’avocats : ceux qui plaident des causes gratuites, qui défendent la veuve et l’orphelin, et cela, je peux le comprendre. Et puis il y a les avocats d’affaires, ceux qui font de l’arbitrage, ceux qui prennent en charge de puissants intérêts. Cette dernière situation est évidemment incompatible avec la responsabilité politique. Je dirais même plus : c’est inacceptable. On ne peut pas servir en même temps l’intérêt général et l’intérêt particulier.

À la fin de son livre, Martin Hirsch livre sa propre « déclaration d’intérêts ». Vous-même, avez-vous été en situation de conflit d’intérêts ?

Non. Mon choix de vie a toujours été de n’être au service d’aucune sorte d’intérêts particuliers.

LaCroix.fr

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