La politique de l'eau
La qualité des eaux en France laisse à désirer. 70 % des masses d'eau ne présentent pas un bon état écologique, ce qui élève les coûts de leur potabilisation avant distribution. En fin de chaîne, la situation n'est pas meilleure : la majeure partie des eaux usées n'est pas épurée selon les normes requises. Les communes devront se mettre aux normes avant 2012. Cet immense chantier annoncé pourrait être l'occasion de revaloriser le patrimoine naturel et de donner la part belle aux nouvelles écoindustries, stratégies auxquelles le citoyen aurait tout à gagner.
« Nous gagnerons la bataille de l'eau » déclarait J.L. Borloo à l'automne 2007, pendant les Grenelle de l'environnement. Il y a en effet fort à faire : la France compte pas moins de 146
stations d'épuration ne répondant pas aux normes d'assainissement, qui représentent 36 millions d'habitants, soit plus de la moitié de la population française . Cela pourrait valoir cher à la
France, menacée de tomber sous le coup des sanctions européenne à hauteur de 300 à 400 millions d'euros .
Le problème est d'autant plus grand qu'il doit être résolu rapidement – avant 2012- et que la France affiche un certain retard dans sa vision du traitement des eaux par rapport à ses voisins
européens et mondiaux.
Le chantier de l'eau : une affaire du citoyen avant toute chose
Pour gagner cet immense chantier, les industriels de l'eau sont sur les starting blocs.
Mais le premier concerné est avant tout le citoyen. Il règle en effet la facture : n'utilisant que le quart de l'eau consommée en France, il paie environ 88 % des taxes pollution versées aux
agences de l'eau . Il est aussi le premier touché dans son cadre de vie, car ces investissements gigantesques pourront changer le visage de sa commune, qu'il habite à la ville ou à la campagne.
Quiconque a vécu à côté d'une station d'épuration, aussi petite soit-elle, sait combien cela est désagréable. Enclavées derrières leurs murs de béton, elles sont un obstacle à la promenade en campagne, elles mobilisent des terrains immenses aux abords des villes et sont souventsource de nuisance autant olfactives que sonores et visuelles.
Du béton à la forêt
Or deux écoles s’affrontent aujourd’hui dans la conception du traitement de l’eau (potabilisation et épuration). Celle qui consiste à mettre en place des technologies et des usines toujours
plus sophistiquées et coûteuses et celle qui utilise les écosystèmes comme infrastructures naturelles de traitement de l’eau.
Aux Etats-Unis par exemple, quand la ville de New York affronta la question de la préservation de la qualité de son eau potable dans les années 1990, elle choisit finalement d'investir 1,5
milliard de dollars dans la protection des forêts et zones humides du nord de l'état — où se trouve la source d'eau potable de la ville -plutôt que de construire une unité de traitement de
l’eau à la pointe du progrès. Cette dernière lui aurait coûté 5 milliards de dollars et 300 millions de dollars annuels pour l'exploitation et l'entretien. On estime aujourd'hui que les
contribuables new yorkais on économisé une dépense de 7 à 8 milliards de dollars.
Plus au sud, la Floride n'a pas eu d'autres choix que de restaurer les immenses marais qu'elle avait asséché depuis les années 1950 pour continuer à assurer la croissance de l'agglomération de
Miami et l'approvisionner en eau potable. Coûtant un minimum de 14 milliards de dollars, c'est le programme de restauration naturelle le plus ambitieux au monde. Pourtant, ces sommes ne sont
rien à côté du coût que représenterait la construction des équipements techniques équivalents.
En Europe, la ville de Munich a également misé sur la qualité de la ressource. En préservant les forêts et en encourageant le passage à l'agriculture biologique sur les zones de captage, elle
fournit à ses habitants une eau directement potable, qui n'a besoin d'aucun traitement préalable.
Ces services que l'environnement offre à l'humanité ont une immense valeur. On a pu estimer la valeur
globale des terres humides à 5 000 milliards de dollars par an, pour leur rôle de régulation des crues, d'épuration de l'eau, et d'habitats de la faune, en sus de la production des pêches et de
l'utilisation d'espaces récréatifs, entre autres.
C'est ainsi que les mesures européennes visant à protéger les espaces naturels telles que Natura 2000 ou les aides aux bonnes pratiques agricoles et au soutien de l'agriculture biologique, sont
cruciales pour la qualité de l'eau. Les citoyens en sont au final, tous bénéficiaires.
Maheureusement la politique nationale de l'Etat français leur octroie une maigre importance par rapport à ses voisins européens. Mais les collectivités sont aussi responsables : le
développement de ces aides dépend également du dynamisme des communes et de la vision générale qu'ont leurs maires de la globalité des enjeux territoriaux.
Une gestion ambitieuse des espaces naturels et agricoles est aussi une urgence sanitaire : seuls 30 % des masses d'eau françaises présentent un bon état écologique.
Les atouts des écoindustries
Ainsi, préserver ou restaurer les écosystèmes est indispensable pour assurer la qualité de l'eau à faible coût. Qu'en est-il pour l'assainissement des eaux ? La diffusion des nouvelles techniques du génie végétal, notamment pour les eauxusées, est un autre atout, très prometteur.
La technologie de la phytoremédiation, qui bénéficie d'un programme européen de recherche, cost 837, en est un bon exemple. Dans leur diversité, les plantes montrent des capacités inégalées à détoxifier les eaux mais aussi l'air et les sols, y compris dans les cas les plus difficiles de pollution par les métaux lourds. On connaissait la légende du fer dans les épinards, mais imaginait-on qu'une variété, l'épinard de malabar, savait concentrer des métaux moins ragoûtants comme le cadmium, le chrome ou l'aluminium ? Ces plantes sont une mine pour la dépollution des sites. Moins coûteuse que les techniques chimiques, plus efficaces et plus sûres, la phytoremédiation, appelée aussi phytorestauration, présente un marché aujourd'hui estimé à au moins 100 millions de dollars pour les Etats-Unis rien que pour la décontamination des sols.
Quand l'esthétique s'en mêle
Les écoindustries ont plus d'un tour dans leur sac. C'est ce que démontre l'entrepreneur
français Thierry Jacquet, en inventant le concept des jardins filtrants(R) qui ajoute à la phytoremédiation une dimension paysagère. Car les plantes ne sont pas seulement d'excellentes
filtratrices, elles sont belles. A Nanterre, la station d'épuration des eaux de la Seine du Chemin de l'île est devenue un parc public où les bassins filtrants de roseaux, de quenouilles,
d'iris bleus et jaunes, de nénuphars et de faux lotus déploient leur tiges élancées, leurs corolles déployées sous l'oeil ravi du promeneur. Les eaux ainsi épurées présentent à leur déversement
dans la Seine un taux d'oxygène près de deux fois supérieur. Elles ont la qualité des eaux de baignade, les poissons peuvent de nouveau y frayer, les grenouilles et les oiseaux s'y installer.
Certaines communes rurales comme Ecamps dans l'Yonne, ou Corcoué sur Logne en ont fait leur système unique d'épuration. Verra-t-on un jour les abords de nos villes et de nos villages
débarrassés des stations inesthétiques et malodorantes tandis que les joncs et les nénuphars s'épanouiront sous nos fenêtres ? En France les réglementations imposées par la DDASS, adaptées aux
stations traditionnelles d'épuration, interdisent encore l'épanouissement des jardins filtrants à proximité immédiate des habitations. Mais en Chine, c'est le pari lancé par l'agglomération de
Wuhan. Dans cette ville du centre du pays, les autorités ont choisi la technique des jardins filtrants pour traiter les eaux usées du nouveau quartier de Jinhe («rivières dorées» en chinois),
qui recevra 50 000 habitants en 2009. 30 % des 60 ha du quartier sont consacrés aux espaces verts (contre 23 % à Paris ou 5 % à Madrid). Les eaux noires, grises et pluviales passent à travers
des jardins filtrants où elles sont épurées par les plantes, exclusivement locales.
Une fois traitée, l’eau est stockée dans des réservoirs souterrains puis réutilisée à 100 % pour les chasses d’eau, la climatisation, l’arrosage, le nettoyage des rues, etc. Les résultats sont probants : aucun rejet, une économie d'eau potable qui devrait atteindre 50 % et un bénéfice économique évalué à 30 % par rapport au coût d'une installation classique.
Choisir aujourd'hui pour les vingt à trente ans qui viennent
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Dans le monde entier l'engouement pour les jardins filtrants est grand. En France -nul n'est prophète dans son pays- les jardins filtrants peinent à se développer. Mais deux choses sont sûres.
Le retard pris par la France en matière d'assainissement doit être résorbé avant 2012 et les stations d'épuration ont une durée de vie estimée entre vingt et trente ans. Ce sont donc les maires
que nous élirons cette année qui définiront la politique de l'eau des trente prochaines années. Entre béton ou jardins, ils détermineront aussi le visage de nos paysages.
Article rédigé par Isabelle Delannoy - eco-echos.com - pour Cap21
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